D- La vie est belle: le rire face à l’inhumain.

La vie est belle

 de Roberto Benigni.

En 1949, Adorno posa la question de savoir si l’on pouvait encore faire de la poésie après Auschwitz.
Quarante-huit ans plus tard, Roberto Benigni lui répond à travers son film La vie est belle: oui, on peut faire de la poésie et de l’humour, après les camps, et même avec les camps.
La vie est belle est une comédie tendre et acide à la fois qui se déroule dans l’Italie fasciste, idéologiquement très proche du nazisme. C’est l’histoire d’un homme, Guido, juif et Italien. Dans cette Italie de plus en plus antisémite, il mène sa vie avec entrain et insouciance jusqu’au jour où il rencontre par hasard une jeune femme, Dora, dont il tombe fou amoureux. De cette union idyllique naîtra un enfant, aussi vif et gai que son père. Ensemble ils filent le parfait bonheur jusqu’à ce que le père et le fils soit soudainement déportés dans un camp de concentration allemand. Dora refusera de les laisser partir, et entrera de son propre choix dans les camps de la mort…
Ce film fut un énorme succès public (il fut vu par plusieurs millions de personnes) mais aussi critique : il remporta trois Oscars, le prix du public aux festivals de Montréal, Toronto et Vancouver, un César et  le grand prix du jury à Cannes. On peut donc se demander ce qui justifie un tel engouement. En quoi ce film est-il spécial ? Comment parvient-il à profondément toucher le spectateur ?
Pour répondre à cette question, nous verrons que La vie est belle est d’abord une comédie féerique, mais aussi une critique de l’idéologie nazie pour enfin nous intéresser à ce qui fait sa particularité : amener l’humour et le jeu jusque dans les camps de concentration.

1) Un film de comédie.

A) Un film qui fait rire.

La vie est belle est une comédie qui tourne autour d’un personnage central particulièrement attachant : Guido. C’est un roi de la débrouille, plein d’imagination, et qui s’adapte donc très rapidement à n’importe quelle situation. Par exemple, lorsqu’un client venu de Rome arrive dans son restaurant après la fermeture des cuisines, il doit improviser un menu qui montre le prestige de l’établissement alors qu’il ne dispose que d’un seul plat. Par une habile manipulation, il y parvient.

Guido est à la fois un personnage spirituel (il résout aisément toutes les énigmes du professeur Lessing), courageux (il prend le risque de se faire passer pour un inspecteur d’académie pour séduire Dora), et candide, presque enfantin. Par exemple, lorsque son ami Ferruccio lui explique qu’il peut s’endormir en un instant grâce à la volonté (la méthode de Schopenhauer, un philosophe allemand), Guido est très intéressé. Il décide alors de s’essayer à cette technique, et se met à répéter au-dessus de la tête de Ferruccio « Réveille-toi ». Inévitablement celui-ci se réveille : Guido, tout content, pense que c’est un succès, mais son ami le détrompe très rapidement en lui précisant qu’il s’est réveillé tout simplement parce que Guido lui a « hurlé dans les oreilles ».
Enfin Guido est un personnage qui semble tout droit sorti de la commedia dell’arte (genre théâtral italien d’où est issu le célèbre Arlequin), de farce, avec des allures « chaplinesques ». En témoigne la séquence pendant laquelle il passe un semblant d’examen de serveur : c’est-à-dire qu’il doit expliquer à son oncle comment il sert chacun des plats. Le premier plat est le poulet, Guido s’en sort parfaitement, mais parle très rapidement, et avec les mains. Puis il doit expliquer comment l’on sert la langouste : cette fois il fait des erreurs (pour servir une langouste il « enfile l’aile sous la cuisse, et fait glisser la langouste »), réalise qu’il s’est trompé (« la langouste est un crustacé »), se reprend, échoue de nouveau (« j’enlève les antennes, j’enlève la langouste… Et à partir de là il n’y a plus rien. »), tente de s’en sortir avec humour (« Plus de langouste, c’est terminé. Mais nous avons du très bon poulet. »). Aussi, quand il montre le salut à faire devant les clients, il oublie à quel niveau il doit s’arrêter : il continue donc jusqu’à se retrouver à 180°, la tête dans les genoux…

=> Guido est donc un véritable personnage de comédie, qui incarne un comique de caractère, mais par son coté clown, représente aussi un comique de geste.  De plus, autour de Guido, se trouvent d’autres formes de comique.

Tout d’abord il existe clairement un comique de situation : lorsque Guido se retrouve par erreur avec un caniche sur son plateau au milieu de choux à la crème ou encore lorsque les freins de la voiture de Ferruccio lâchent. Lui et Guido atterrissent sur une route en contrebas, où ils sont pris pour de hauts dignitaires nazis. Guido fait signe à la foule de se pousser : signe compris comme un salut nazi…
Il y a aussi de l’humour burlesque : lors d’une séquence Guido fait accidentellement tomber un pot de fleurs sur un employé de la mairie, et descend alors, des œufs à la main, pour s’excuser. Le temps de vérifier si le pot de fleur n’a blessé personne, il pose les œufs dans le chapeau de l’employé. Ce dernier, vexé et énervé, remet machinalement et précipitamment son chapeau… et se retrouve avec une omelette sur la tête.
Il existe également un comique de répétition : à plusieurs reprises Guido va tenter, et réussir, à échanger son vieux chapeau contre un autre en meilleur état, appartenant à l’oncle de son ami.
Enfin, il y une forme de comique assez surprenante, celle de l’humour absurde : après s’être fait passer pour un inspecteur d’académie il déclare que le nombril italien est supérieur aux autres nombrils puisque « personne n’a réussi à le dénouer, même avec les dents. »…

=> La vie est belle est donc un film drôle, qui fait rire avec des formes d’humour variées.

B) Un conte

La vie est belle est aussi un film qui, bien qu’il se déroule dans un contexte tout à fait réel, ressemble par bien des aspects à un conte.
Tout d’abord une voix over l’annonce d’entrée « Cette histoire [..] Comme un conte elle est pleine de merveilleux et de bohneur. »
De plus la musique (composée par Nicola Piovani), qui attribue à chaque personnage un thème, est douce, joyeuse, ce qui correspond bien à l’univers de conte.
La vita è bella, par Nicola Piovani

Le film a des allures de légende, aussi de par son cadre : l’une des premières scènes se déroule dans une nature verdoyante, et un des personnages récite une poésie. Aussi la maison où loge Guido a des allures fantasques : elle est remplie d’objets d’art improbables, des grands portraits ornent les murs… On se croirait dans un véritable château.
L’autre aspect qui permet de faire le rapprochement entre La vie est belle et un conte est l’histoire centrale de la première partie du film : l’histoire d’amour entre Guido et Dora. A leur rencontre Guido se présente comme « Prince Guido », et il n’aura de cesse de l’appeler « Princesse » (« Buongiorno Principessa). C’est aussi une histoire qui semble magique, de leur rencontre improbable où elle lui tombe littéralement dans les bras (elle tombe d’une grange, il se trouve en dessous pour la rattraper), à leur premier rendez-vous pendant lequel au moment même où elle dit que pour atteindre son cœur « il suffit d’avoir la bonne clé », Guido parvient à faire tomber une clé du ciel (en réalité, Guido sait que dans la maison sous laquelle ils se trouvent, le femme a l’habitude de jeter à son mari la clé de la maison dès qu’il dit «  Maria, la clé »). Mais, comme dans tous les fables, leur amour n’est pas facile, ils doivent surmonter une épreuve : ici c’est la présence du « méchant » fiancé de Dora (qui prend peu soin d’elle, et qu’elle n’aime pas réellement) et leur différence de classes sociales : il est un pauvre juif, elle est issue d’une riche famille fasciste. Cependant leur amour parvient à vaincre tous les obstacles, et Guido enlève sa belle dans une scène digne d’un conte de fée : il la « libère » de son fiancé pendant un bal (où elle porte véritablement une robe de princesse), sur un cheval nommé « Robin Hood » (ce qui accentue le coté légende).
Les deux héros finissent donc par se marier, et quelques années plus tard ils ont un enfant. Cet enfant, est un petit garçon adorable, avec de grands yeux prénommé « Giosué » (« Jésus ») ce qui contribue à cet univers de conte. Aussi, les contes de fées se terminent généralement par « ils vécurent heureux avec beaucoup d’enfants », et au début de la seconde partie leur bonheur à tous est visible.

=> La vie est belle est donc une comédie, qui fait rire et sourire, et qui parvient à « attraper » le spectateur grâce à des personnages attachants, et dans la première partie l’aspect inoffensif d’un conte de fée. C’est ainsi qu’il fait entrer le spectateur dans l’histoire, et le « prend au piège »…

Nous venons de voir que La vie est belle est un film qui, pendant la première heure, a l’air d’une jolie histoire, joyeuse. Pourtant il n’échappe pas au spectateur averti quelques éléments inquiétants, qui laissent entrevoir la montée de violence suivante…
Tout d’abord l’ouverture du film se fait sur une toute petite séquence auquel le spectateur ne comprend pas grand chose : on voit Guido porter son enfant dans le brouillard avec en seul fond musical le souffle du vent.
Aussi la voix over tient des propos assez étranges : elle nous avertit que nous allons voir un conte plein « de merveilleux et de bonheur », mais dit aussi que « Cette histoire est simple, pourtant elle n’est pas facile à raconter. Comme un conte elle est douloureuse […] ». Le malaise créé par cette scène est ensuite dissipé par la scène suivante, véritable pitrerie, et le spectateur tend à oublier cet avertissement…
Cependant d’autres éléments présagent de la suite. Le fascisme et le nazisme sont ultra-présents: les neveux de Ferruccio (l’ami de Guido) se nomment « Benito et Adolf », des affiches mussoliniennes sont placardées partout sur les murs.
Enfin certaines des énigmes échangées entre le professeur Lessing et Guido ont des solutions qui laissent entrevoir la suite : le silence (« Dès qu’on me nomme je disparais. ») et l’obscurité (« Plus je suis grande, moins on me voit .»)…

2) Une critique de l’idéologie nazie

A) Une violence crescendo.

La vie est belle est un film dans lequel toutes les formes de violence anti-juifs sont visibles.
Tout d’abord la théorie qui justifie cette violence est exprimée : lors de la scène qui se déroule à l’école primaire, la directrice explique aux élèves qu’un inspecteur va venir pour leur expliquer la théorie des races et le fait qu’ils appartiennent à une classe supérieure. Une autre scène, qui se déroule lors d’un repas entre partisans fascistes montre bien l’idéologie nazie. Il s’agit d’une conversation au cours de laquelle la directrice de l’école (encore elle) fait référence à un problème de mathématiques proposé à des élèves allemands du cours élémentaire : « Un malade mental coûte à l’état 4 marks par jour, un éclopé lui coûte 4.5 marks par jour, un épileptique 3.5 marks, ce qui fait donc un coût moyen de 4 marks par jours. Sachant qu’il y a actuellement 300.000 personnes hospitalisées, quelle somme l’état pourrait-il économiser en les éliminant ? ». Le sentiment de malaise provoqué par cette volonté de supprimer tous les handicapés est renforcée par la réaction de la directrice, pour qui ce problème révèle l’intelligence supérieure des allemands (« C’est vraiment une autre race » dit-elle).
La violence paraît ensuite sous sa forme la plus pernicieuse : la violence psychologique. Les juifs sont soumis à des intimidations en continu : l’oncle juif de Guido est victime d’un cambriolage dès le début du film, plus tard son cheval est repeint en vert avec l’inscription « Achtung cavallo ebreo » (ce qui signifie « Attention cheval juif »), la librairie de Guido est taguée d’un « negozio ebreo » (« boutique juive), et Guido, lors de ses incessantes convocations au commissariat, est tutoyé par les policiers.
Mais, très rapidement, on bascule dans une violence systématique, à la fois physique et morale, avec la déportation des juifs (dont Guido, son oncle, son fils) dans des camps allemands. Les conditions de vie là-bas sont terribles : un travail harassant (Guido doit par exemple porter des enclumes toute la journée), des repas rares et peu nourrissants, des dortoirs surchargés, aucune hygiène… De plus, la mort est présente de façon permanente : les déportés sont conscients qu’ils peuvent à tout moment se prendre « une balle dans la nuque », et que les faibles, y compris les vieux et les enfants sont éliminés.
Le violence surgit aussi à travers les officiers nazis, rendus fous par ce système. Ils vivent dans le luxe, ont une vie mondaine, des réceptions : Guido se retrouve contraint de reprendre son métier de serveur pour le bon plaisir de ses tortionnaires. Cette perte de la réalité est évidente chez le docteur Lessing, qui fut un ami de Guido lorsqu’il était serveur, et avec qui il échangeait des énigmes. Ils se retrouvent dans le camp : Guido espère son aide pour fuir, et le docteur prend alors le temps de l’entretenir… pour lui demander de résoudre une devinette. La folie, et l’ironie de la situation, sont à leur comble lorsque le docteur, obsédé par les énigmes, dit à Guido, qui est le déporté : « Viens à mon secours ».

B) La réaction juive.

Ce qui frappe dans le film c’est la passivité, le calme avec lequel les victimes réagissent face à leurs bourreaux. Par exemple, dans la première partie du film, Guido se retrouve par erreur pris pour un inspecteur du ministère de l’éducation et doit expliquer la théorie raciale. Etant lui-même juif, il prend alors le parti de ridiculiser cette théorie, la ramener à une simple farce : il explique à un public d’enfants médusés que la supériorité aryenne s’exprime à travers la forme des oreilles et du nombril.  Plus tard, lorsque son fils lui demande pourquoi l’entrée d’une boutique est interdite « aux chiens et aux juifs » il prend encore le parti de l’humour. Au lieu de s’offusquer du fait que les juifs soient rabaissés au niveau d’animaux, il explique à son fils que chacun a le droit de choisir qui il veut chez lui, que certaines boutiques interdisent l’entrée « aux espagnols et aux chevaux » ou « aux chinois et aux kangourous » et s’empresse d’ajouter qu’il va immédiatement interdire sa librairie « aux araignées et aux wisigoths ».

Aussi, La vie est belle souligne que les victimes ne ressentent aucune haine. Lors d’une scène, l’oncle de Guido se retrouve prié de se déshabiller pour se rendre « à la douche » (c’est-à-dire évidemment dans une chambre à gaz) lorsqu’une officier nazie tombe devant lui : non seulement il la retient et l’aide à se relever, mais il lui demande en plus « Tout va bien, mademoiselle ? ».

=> Roberto Benigni fait ici appel à une gradation dans la violence, qui finit avec l’horreur des camps. Le contraste entre le début et la fin, ainsi que le contraste entre des bourreaux cruels qui ont perdu tout sens de la réalité et des victimes qui veulent simplement vivre en paix est saisissant. Ainsi La vie est belle prend l’apparence d’une sévère critique de l’idéologie partagée par les nazis et les fascistes.

Cependant le film va plus loin, et c’est ce qui le rend si particulier : il ose amener l’humour jusque dans les camps de concentration, ce qui paraît pourtant impossible…

3) Le jeu de Guido

A) Un père courage.

De leur arrestation jusqu’à sa mort, Guido n’aura de cesse de préserver l’innocence et la vie de son fils. Pour cela il va improviser un mensonge, qui fait passer, aux yeux de son fils, le camp pour un jeu par équipe dans lequel ils doivent obtenir 1000 points, pour gagner un véritable char d’assaut. Giosué ayant perdu récemment le sien, ce choix permet aussi de lui conserver des repères.
S’ils veulent cumuler un maximum de points, et ne pas être disqualifiés, ils doivent obéir à toute une série de règles : les enfants doivent se cacher, ceux qui ont peur, pleurent ou demande un goûter perdent des points. Guido va, tout le long de leur passage au camp, transformer la vérité pour la faire correspondre à l’illusion qu’il a créée : par exemple, lorsque Giosué a entendu dire par un déporté qu’on allait les mettre dans un four et faire du savon d’eux, ils lui explique qu’il s’agit là d’une manipulation des adversaires pour le faire abandonner.
Grâce à ce mensonge, Guido va sauver la vie de son enfant, au mépris de la sienne. En effet, pour coller au jeu il prend des risques immenses. Par exemple, lors d’un trajet entre le dortoir et le lieu de travail, il utilise les hauts parleurs des officiers pour faire passer un message à sa femme, et rassurer dans le même temps son fils, à qui sa maman manque. Ou encore, alors qu’il doit faire le service à une réception d’officiers nazis, il prend le risque d’aller cherche son fils pour lui montrer qu’il y a d’autres enfants. Lorsque celui-ci est pris pour un enfant allemand et qu’il se retrouve à manger à la même table qu’eux Guido voit le danger venir : il interdit à son fils de parler, mais celui-ci ne peut se retenir de laisser échapper un « Grazie ». Au mépris des risques pour sa propre vie, il apprend alors aux autres enfants à dire « Grazie », et sauve son fils.

B) Le rire dans l’horreur

Grâce au jeu de Guido, le film conserve sa dimension de comédie, et parvient à faire rire même à l’intérieur des camps de concentration.
La scène des « Règles du jeu », en est un des exemples les plus frappants.

Dans cette scène, le décalage entre la traduction (la référence aux « sucettes », au « mal de ventre » ou encore à « cache-cache ») et les véritables propos de l’officier (que le spectateur de nos jours comprend forcément plus ou moins) crée le rire. Ce rire est nourri de plus par les réactions de Giosué.
Aussi, Roberto Benigni arrive à faire rire, à faire des jeux de mots même avec les choses les plus terribles : la mort et l’extermination des humains. Lors d’une séquence, il cherche à rassurer son fils, le convaincre qu’il ne risque pas d’être brûlé dans un four. Pour cela il veut lui montrer l’absurdité d’une telle chose en déclarant : «On peut te faire gober n’importe quoi. [...]Un four à hommes ? J’ai plus de bois. T’as qu’à prendre cet avocat. Il brûle mal cet avocat, il est un peu véreux. ».

=> Nous venons de voir que La vie est belle restait un conte drôle jusqu’à l’intérieur des camps de concentration. On pourrait donc s’attendre à une fin heureuse, un « happy end ». Et pourtant…

C) La fin tragique

Il faut d’abord définir quelles séquences appartiennent à ce que l’on appelle « fin du film ». On peut assez logiquement la faire démarrer par la double annonce faite à Guido par l’un des déportés : « La guerre est finie et [les allemands] sont en pleine débandade. » mais aussi qu’ « ils font le grand ménage avant de partir ». Commence alors pour le spectateur un compte à rebours : il espère que Guido va se montrer ingénieux une fois de plus, et réussir à s’en sortir. Il est alors dans un état peu sûr d’attente.
A cette annonce, Guido va tout mettre en place pour sauver son fils : sous le prétexte d’une ultime épreuve, il le convainc de se cacher et de ne pas sortir tant qu’il y a quelqu’un dehors. Il va ensuite aller chercher sa femme pour la sauver, mais cette fois-ci il n’arrive pas à se jouer des allemands. Un officier nazi le pousse contre un mur, le met en joue et… est interrompu par un supérieur qui lui chuchote quelque chose à l’oreille. Le suspense est alors à son paroxysme, on espère que Guido va profiter de ce court répit pour s’enfuir. L’officier le conduit alors dans une pièce où il est fusillé.
On ne voit pas l’exécution, la salle est filmée de l’extérieur et seul le son fait comprendre que Guido est mort. La scène n’est pas réalisée, ou mise en scène de façon pathétique : elle est courte et sobre. Cela crée une frustration : Guido a réussi à détourner tous les pièges, à se sortir de toutes les situations, mais est tué en à peine quelques secondes. Il en naît un sentiment d’injustice.
A la mort de Guido fait suite une période de flottement. Giosué est-il en vie ? Le sacrifice de son père a-t-il été vain ?
Le lendemain les derniers officiers allemands partent, puis c’est au tour de rares survivants de s’en aller. Enfin, Giosué sort de sa cachette : il est tout seul, ce qui est souligné par le silence rempli uniquement par le bruit de ses pas . Un tank américain arrive : en le voyant Giosué s’exclame « C’était donc vrai ! »,et le thème musical principal se fait entendre. Aussi, quelques instants plus tard, il retrouve sa mère et s’écrie : « Abbiamo vinto !» (c’est-à-dire « Nous avons gagné »), ce qui sonne un peu amer pour le spectateur qui lui réalise que son père est mort.

=> La vie est belle est un film qui garde une forme de comédie de son début jusqu’à sa fin. Pour cette raison, la mort de son héros au tout dernier moment, alors que le spectateur commençait à croire en une fin heureuse est un véritable déchirement. En atteignant ainsi la sensibilité du spectateur, il le touche de manière profonde.

Conclusion

La vie est belle n’est pas un film qui prétend posséder du réalisme historique, ou apporter de nouvelles informations sur une période de l’histoire, déjà étudiée sous toutes ses coutures. C’est clairement une comédie, un conte de fée, drôle et attractif, qui séduit le spectateur et le fait entrer dans l’histoire. Aussi, quand la situation se dégrade, quand la violence se déchaîne contre nos héros, la colère du spectateur n’en est que plus forte, plus vraie. En jouant ainsi sur les contrastes Roberto Benigni dénonce l’absurdité de l’antisémitisme
Mais son véritable tour de force est de parvenir à amener l’humour et la tendresse jusque dans des endroits qui paraissaient inaccessibles : la réalité des camps de concentration et d’extermination. Ainsi, la mort du héros principal est un véritable déchirement, qui laisse un sentiment d’injustice et marque profondément : le spectateur en ressort avec l’intime conviction qu’il ne faut pas laisser un tel système se mettre à nouveau en place.

Regarde les tournesols comme ils s’inclinent au soleil, mais quand tu en vois un dans un champ qui se penche un peu trop, c’est qu’il se meurt, tu peux en être sûr. Tu es en service mais tu n’es pas en servage..
[La vie est belle]